Calendrier

Juin 2017
LunMarMerJeuVenSamDim
 << < > >>
   1234
567891011
12131415161718
19202122232425
2627282930  

Annonce

Qui est en ligne?

Membre: 0
Visiteur: 1

rss Syndication

L'elisir d'amore à l'aéroport de Milan Malpensa

En ce jeudi 17 septembre la scala de Milan a déménagé le temps d'une journée à l'aéroport de Milan Malpensa. Si l'on peut s'étonner de voir un tel branle bas de combat, on peut aussi se demander s'il est vraiment utile. En effet l'exposition universelle vit ses dernières semaines et a connu un succès considérable. Quoi qu'il en soit, l'initiative, pour étrange qu'elle puisse être, nous a permis d'entendre de très belles voix.

Autant j'avais détesté Traviata donnée à la gare centrale de Zürich (il faut dire qu'en plus on avait plus droit à de larges extraits qu'à une retransmission, fut elle en différé) autant cet élexir à l'aéroport, certes un peu agaçant à cause des éléments de décors pas toujours très heureux (c'est quoi ces tas de légumes au juste?) Je sais bien qu'on est censés être à la campagne mais quand même) et des costumes assez moches (encore que le costume de clown de Mimi Pertusi m'a bien fait rigoler) m'a moins irrité que Traviata. On peut aussi regretter une mise en scène qui ressemble plus à une mise en espace qu'à autre chose; quant aux costumes je n'ai rien noté de transcendant, sauf peut-être un Ducalmara déguisé en clown lors de la signature du contrat de mariage d'Adina et de Belcore. En revanche, vocalement ce que j'ai vu et entendu était plus que très satisfaisant.


- Vittorio Grigolo (Nemorino) : excellent. Je ne l'avais pas vu depuis longtemps et j'ai été très agréablement surprise par la beauté de la voix qui a évolué dans le bon sens. "Una furtiva lagrima" était remarquablement interprété. Le ténor italien a muri et gagné en assurance ce qui est très rassurant et augure d'un triomphe qui sera bien mérité lors de la série de représentations qui débute le 21 septembre à la Scala.

- Eleonora Buratto (Adina) : Très belle découverte en ce qui me concerne. Cette Adina là a du caractère et du punch et ça fait du bien à voir et à entendre. La voix est ronde, large, chaleureuse et colle parfaitement au personnage. Mlle Buratto pourrait bien exploser et faire une carrière remarquable, si tant est qu'elle fasse les bons choix aux moments adéquats.


- Michele Pertusi (Ducalmara) : Voila bien longtemps que je ne l'avais pas vu dans un Donizetti et je me suis régalée. Sa première entrée (aux commandes d'un petit avions de tourisme) m'a fait m'écrouler de rire sur mon ordinateur. je regrette aussi qu'il chante de plus en plus Verdi et moins Rossini, Donizetti (même s'il les chante encore un peu) ou Mozart( qu'il a abordé pour la première fois depuis des lustres l'an dernier à Milan avec Cosi). Excellent comédien il berne son monde sans scrupules quant à la voix elle est somptueuse dans ce répertoire dont j'espère qu'il le rechantera plus régulièrement (il fut un très beau Don Pasquale au Staatsoper de Vienne (Autriche) en fin de saison 2014/2015)

- Mattia Olivieri (Belcore) : Honnête Belcore qui m'a cependant laissé assez indifférente. La voix du baryton est belle et physiquement il correspond bien au personnage du bellâtre plus soucieux de séduire les femmes, Adina en tête, que de diriger ses soldats et de les mener au combat. Il manque pourtant le petit brin de folie qui aurait fait de ce jeune artiste un Belcore exceptionnel.

Musicalement Fabio Luisi à la tête de l'orchestre de la Scala de Milan dirige fort bien une partition qu'il connaît parfaitement; ceci étant dit les circonstances se prêtent difficilement à une parfaite adéquation orchestre/chanteurs et on peut le regretter. Le pari est risqué et seulement partiellement réussi.


Annette Gerlach, la poupée blonde un peu bécasse, et son collègue italien, constituent plus gros point faible de la soirée tant leurs interventions étaient mal venues et totalement Hors Sujet. Certes nous étions dans un aéroport et il fallait laisser les avions décoller ou attérir sans couvrir orchestre et chanteurs; mais plus d'à propos et moins de bavardages inutiles auraient été bienvenus.

Souhaitons aux chanteurs et aux musiciens de l'orchestre un succès qu'ils méritent grandement au vu de la splendide performance qu'ils ont donné dans des conditions difficiles.

06 Oct 2015
calbo · 216 vues · 0 commentaires

Le partenariat entre le Royal Opéra House et les cinémas CGR non renouvelé

Depuis quelques années le public de la chaine de cinémas CGR s'était habitué à se déplacer pour assister aux retransmissions en direct du Royal Opera house de Londres. En général nous voyions des oeuvres, opéras comme ballets, de qualité défendues par des distributions internationales de prestige et dirigées par d'excellents chefs dont Antonio Pappano, l'actuel directeur musical du Covent Garden. Nous avons appris il y a peu que les négociations en cours entre le Covent Garden et la chaine de cinéma CGR n'avaient pas abouti, le Royal Opera House s'étant montré trop gourmand. Les retransmissions prévues pour la saison 15/16 n'auront donc pas lieu; espérons que le partenariat reprendra pour la saison 16/17 tant l'Opéra Londonien propose de très belles productions.

Cependant Nous ne sommes pas complètement orphelins puisque les cinémas CGR proposent des retransissions en direct ou en différé d'Italie et de Russie. 

- 30 octobre : En direct de Milan fermeture de l'Exposition Universelle avec le gala des étoiles danseront les grands ballets de l'histoire de la musique .

- 7 décembre : Egalement en direct La Scala de Milan lance sa saison lyrique avec un opéra mal connu de Giuseppe Verdi (1813-1901) Giovanna d'Arco. Défendue par la célèbre soprano russe Anna Netrebko, l'oeuvre connait un regain d'intérêt depuis quelques années (Giovanna d'Arco a été donnée à Parme avec le grand Renato Bruson dans le rôle de Giacomo en 2008 et un CD avec le trio Netrebko/Meli/Domingo est paru en 2014).

- 22 janvier : nous partons à l'opéra de Rome le temps d'une soirée. Nous y verrons un opéra de Gioachino Rossini (1792-1868) : La cenerentola. On ne présente plus le fameux conte de Charles Perrault qui a inspiré Rossini pour son chef d'oeuvre.

- 10 mai : Nous serons de retour à Milan pour y voir La fanciulla del west de Giacomo Puccini (1858-1924). Loeuvre patit du succcès de Turandot, ultime chef d'oeuvre du compositeur mais gagne à être connue.

Les autres oeuvres et ballets étant retransmises en différé nous aviserons nos lecteurs en temps voulu
14 Sep 2015
calbo · 220 vues · 0 commentaires

Quand la fantaisie et le rire s'allient : Le voyage dans la lune envoie son public dans les étoiles

Pour la dernière soirée de notre périple lotois, nous retournons à la Halle des sports de Saint Céré pour assister à la représentation d'une opérette méconnue de Jacques Offenbach (1819-1880) : Le voyage dans la lune; pour cet opéra-féérie, composé en créé en 1875, Offenbach s'est inspiré du livre "De la terre à la lune" écrit par Jules Verne en 1865. Ce Voyage dans la lune est une co-production d'Opéra Éclaté avec les opéras de Fribourg et Lausanne qui est présentée au public venu nombreux au festival de Saint Céré. Olivier Desbordes nous propose de nouveau un spectacle complètement déjanté et totalement hilarant dans la lignée de Lost in the stars présenté en 2013 (et dont nous avions parlé dans nos colonnes).

 

La mise en scène et la direction d'acteur d'Olivier Desbordes sont toniques, vivantes et sans aucune faiblesse. Les décors de David Bélugou et les costumes de Jean Michel Angays aident le spectateur à entrer dans l'univers totalement loufoque de Desbordes qui atteint, avec ses chanteurs-comédiens, des cimes d'un niveau rarement atteint. En 2013 nous disions au sujet de Lost in the stars que le metteur en scène lotois avait réalisé un travail proche de la perfection, il réitère sa superbe performance cette année avec Le voyage dans la lune.

 

La distribution réunie pour ce Voyage dans la lune rassemble pour partie des chanteurs apparaissant dans d'autres productions du festival (requiem de Mozart et Lucia di Lammermoor) ainsi qu'une toute jeune artiste invitée juste pour cette oeuvre. Il n'y a pas de rôle principal en particulier mais une kyrielle de rôles aussi décapants les uns que les autres. Christophe Lacassagne (Roi Vlan) et Jean Claude Saragosse (Roi Cosmos) sont totalement hilarants et se laissent aller à épancher leur vis comica sans scrupules; c'est ainsi que Lacassagne nous sert une scène télévisuelle d'anthologie ou il imite tour à tour nombre de présentateurs de télé-achat et Frédéric Mitterand provoquant des cascades de rires dans une salle qui se dilate la rate avec délectation tandis que Saragosse tape sans vergogne sur les pires défauts de notre société de consommation pour le plus grand plaisir du public. Si Marlène Assayag (Prince Caprice) est délicieusement retorse tant avec son père (Vlan) qu'avec le pauvre Microscope  qu'elle force à venir dans la lune elle joue avec plaisir au plus fin avec ses partenaires. C'estJulie Mathevet (Fantasia), découverte lors du requiem de Mozart, qui surprend de nouveau en improvisant dans son air d'entrée, et devant son père (Cosmos) médusé, une vocalise ou l'on retrouve des allusions à Die Zauberflöte et à Lucia di Lammermoor. Éric Vignau, infatigable, car c'est sa troisième apparition sur scène en trois jours, est un Microscope excellent, espèce de savant fou qui préfigure un peu ce que seront le professeur Tournesol dans Tintin ou le professeur Ménard dans Adèle Blanc Sec. Entrainé de force dans l'aventure il tombe des nues devant une société rétrograde et pétrie de certitudes : on achète et on vend les bébés, les femmes et toute sortes d'objets. Il n'y a d'ailleurs que deux sortes de femmes sur la lune : les femmes de luxe et les femmes utiles. Excellents aussi le Cactus de Yassine Benameur et la Reine Popotte d'Hermine Huguenel qui, à l'instar d'Éric Vignau fait sa troisième apparition sur scène en trois jours.

 

Dans la fosse, c'est Dominique Trottein qui dirige Le voyage dans la lune; habitué du festival de St Céré il avait dirigé magistralement Lost in the stars et Don Giovanni en 2013. Le chef lillois récidive cette année avec le chef d'oeuvre d'Offenbach; plein d'humour Trottein entre volontiers dans le jeu de Christophe Lacassagne lorsque celui ci fait son show télévisuel. Tout comme pour Lucia di Lammermoor vendredi soir et le requiem de Mozart samedi soir, l'orchestre est en effectif réduit ce qui ne l'empêche pas de faire résonner la musique d'Offenbach avec un bel entrain sous la main ferme et dynamique de son chef.

 

Présenter Le voyage dans la lune est une idée d'autant meilleure que cette opérette de Jacques Offenbach est fort injustement méconnue alors qu'elle est du même acabit que La grande Duchesse de Gerolstein, La Périchole ou La vie parisienne. Olivier Desbordes et ses artistes nous offrent une occasion unique de passer deux heures de rires continus. La production partira en tournée lors de la saison 2014/2015 et nous ne saurions trop vous recommander de bloquer une soirée pour passer un grand moment de théâtre et de musique.

 

 

Saint Céré. Halle des sports, le 10 août 2014. Jacques Offenbach (1819-1880) : Le voyage dans la lune opérette en quatre actes sur un livret tiré de "De la terre à la lune" de Jules Vernes. Marlène Assayag, le prince Caprice; Christophe Lacassagne, le roi Vlan; Éric Vignau, Microscope; Jean-Claude Sarragosse, le roi Cosmos; Julie Mathevet, Fantasia; Laurent Galabru, le prince qui passe par la; Yassine Benameur, Cactus; Hermine Huguenel, la reine Popotte; choeur et orchestre Opéra Éclaté, Dominique Trottein, direction. Olivier Desbordes, mise en scène; David Belugou, décors; Jean Michel Angays, costumes; Patrice Gougron et Guillaume Hébrard, lumières.


02 Jan 2015
calbo · 331 vues · 0 commentaires

Mozart et Saint Georges réunis par de la la mort

Poursuivant notre ballade Saint Céréenne, et le temps étant enfin favorable, nous nous installons au château de Castelnau Bretenoux situé à quelques encablures de la petite ville lotoise. Pour ce concert, le plus court du festival ce sont deux compositeurs contemporainns l'un de l'autre qui son à l'honneur : Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) et Georges Boulogne, chevalier de Saint Georges (vers 1747-1799). Si chacun connaissait les oeuvres de l'autre, ils ne se sont jamais rencontrés Mozart qui se trouvait à Paris en même temps que St Georges ayant absolument refusé, au grand dam de son père qui a pourtant tout tenté, d'aller jouer une oeuvre de son confrère qu'il appelait le "nègre des lumières".


C'est le Laudate Dominum de Saint Georges qui ouvre le concert. Composé pour choeur et orchestre à cordes, le Laudate Dominum est une oeuvre charmante plutôt introductive pour un tel concert. Nous apprécions d'ailleurs la volonté de sortir ce compositeur de l'oubli tant il a été éclipsé par son génial contemporain malgré une oeuvre qui mérite qu'on s'y arrête. Le Mozart noir du XVIIIe siècle est actuellement plus connu pour son oeuvre instrumentale, notamment son oeuvre pour violon (il était lui même violoniste), et c'est bien dommage car son oeuvre vocale ne manque pas d'intérêt et le Laudate Dominum es est un bel exemple même s'il est un peu court. Le choeur, composé de stagiaires et de professionnels rend justice à l'oeuvre et fait honneur à Saint Georges, lui redonnant, le temps d'une soirée la place qu'il mérite. Le chef Anass Ismat invité pour diriger le stage et les deux soirées réalise un parcours quasi parfait.


Après une courte pause Anass Ismat revient avec le quatuor de solistes invités à chanter le requiem de Mozart; l'ultime chef d'oeuvre du jeune compositeur salzbourgeois était inachevé à son décès a été complété entre autre par Franz Süssmayer. Nous retrouvons sur la scène du château de Castelnau la mezzo soprano Hermine Huguenel et le ténorÉric Vignau, deux des comprimari de Lucia di Lammermoor auxquels se joignent la jeune soprano Julie Mathevet et la basse Jean Claude Saragosse, un habitué du festival de St Céré (tout comme Éric Vignau d'ailleurs qui chante dans trois des oeuvres de l'édition 2014). Dès les premières notes le jeune chef marocain annonce la couleur : le tempo ne sera ni trop rapide ni trop lent. Attentif au choeur et aux solistes il dirige d'une main à la fois ferme et souple sans jamais couvrir ni les uns ni les autres. La révélation de cette seconde soirée St Céréenne est Julie Mathevet dont la voix large, souple, puissante résonne entre les murs du château avec une étonnante fermeté. Hermine Huguenel peut enfin, Alisa étant peu propice à un quelconque épanchement, donner la pleine mesure de son talent; Il en est de même pour le ténor Éric Vignau (qui dans Lucia est à peine arrivé qu'il se fait trucider). Ces deux chanteurs ont deux très belles voix, une ligne de chant impeccable et une technique irréprochable. Quand à Jean Claude Saragosse il ne démérite pas et assume la partition avec panache complétant parfaitement un quatuor de très haute volée.


Le cadre majestueux du château de Castelnau Bretenoux a accueilli un très beau concert, certes un peu court mais qui a permis d'assister à l'éclosion d'un jeune talent, Julmie Mathevet, et de profiter pleinement de trois voix solides. Quant au jeune chef marocain Anass Ismat il dirige parfaitement et le Laudate Dominum de St Georges et le requiem de Mozart. Souhaitons lui une belle et grande carrière à venir. l'ensemble des artistes, qu'ils soient amateurs ou professionnels ont réalisé une soirée parfaite et nous aurions d'ailleurs apprécié d'écouter un peu plus d'oeuvres de ces deux compositeurs réunis par de la la mort dans un même concert.


Saint Céré. Château de Castelnau Bretenoux, le 9 août 2014. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : requiem; Georges Boulogne, chevalier de Saint Georges (vers 1747-1799) : Laudate Dominum. Julie Mathevet , soprano ;Hermine Huguenel, mezzo soprano; Éric Vignau, ténor; Jean Claude Saragosse, basse; choeur et orchestre Opéra Éclaté; Anass Ismat, direction.


02 Jan 2015
calbo · 351 vues · 0 commentaires

Lucia di Lammermoor : de fureur et de sang entre deux coups de tonerre

Parmi les dizaines d'opéra que Gaetano Donizetti (1797-1848), plus de soixante-dix en tout, Lucia di Lammermoor est l'un des plus célèbres. pour son livret Salvatore Cammarano s'est inspiré du livre de l'écrivain écossais Walter Scott, lequel s'était inspiré d'un fait divers réel datant du XVIIe siècle. A cause du mauvais temps annoncé, la seconde représentation de Lucia di Lammermoor s'est déroulée à la Halle des sports de Saint Céré. Olivier Desbordes reprend le chef d'oeuvre de Donizetti dans une nouvelle production co-produite avec le Centre Lyrique de Clermont-Auvergne. Pour l'occasion une distribution et un chef d'orchestre jeunes ont été réunis pour donner vie aux personnages et à la musique de Donizetti.

 

Concernant la mise en scène Olivier Desbordes place Lucia dans une Écosse intemporelle ce qui s'avérerait être une excellente idée si les costumes féminins de Ruth Gross n'étaient aussi vilains, tristes et inesthétiques. Quel dommage en effet que les choristes et Alisa ne soient perçues que comme des paysannes et non comme des jeunes nobles; quant à la pauvre Lucia, qui est déjà une victime, exceptée la robe de mariée elle est affublée d'ensembles assez ternes. Le module central sert à la fois de fontaine (dans laquelle Lucia devenue folle finira par rejoindre le fantôme qui l'effrayait tant), de forêt et de salle de réception. Ce sont les très belles lumières de Patrice Gouron qui font passer la grande tristesse des costumes. 

 

Le plateau vocal réuni est dans l'ensemble assez jeune et grandement dominé par la soprano franco-turque Burcu Uyar. La voix, certes claire, mais large et chaleureuse de la jeune femme colle parfaitement au rôle de Lucia; bonne comédienne et rend bien les sentiments d'une jeune fille sacrifiée sur l'autel de la politique et de la domination des hommes sur leurs filles ou leurs soeurs. Et d'ailleurs Olivier Desbordes a une excellente idée en faisant aller et venir Lucia sur une charrette telle une victime expiatoire de l'ambition démesurée et inhumaine d'Enrico. Gabriele Nani qui chante Enrico est retors et méchant à souhait prenant le dessus et pressurisant sa pauvre soeur avec d'autant moins de scrupules qu'il est obnubilé par son avenir politique sans se préoccuper d'autre chose. Un seul regret, que son entrée pendant la folie de sa soeur ait été coupée Olivier Desbordes ayant souhaité que Lucia reste seule dans son délire mortel. Face à Burcu Uyar et Gabriele Nani le jeune ténor serbe Svetislav Stojanoviccampe un bel Edgardo; la voix est chaleureuse et souple mais, est ce dû au stress, parfois peu sure dans les aigus notamment. Si Christophe Laccassagne assume crânement le rôle de Raimondo sur un plan strictement scénique, la voix du baryton français est solide mais nous semble cependant un peu légère pour la tessiture du personnage. Il est le seul dont on ne sache pas vraiment qui de Lucia ou d'Enrico il soutient vraiment tant il va de l'un à l'autre sans réellement se dévoiler complètement. Saluons la belle Alisa d'Hermine Huguenel, le Normano aussi retors que son maitre de Laurent Galabru (parent éloigné du comédien Michel Galabru) et le solide Arturo d'Éric Vignaud. A noter que l'orage qui se déchainait dehors, accompagné d'éclairs et de coups de tonnerre réguliers accompagnait particulièrement bien la lente descente aux enfers de Lucia même si nous aurions préféré être au château de Castelnau plutôt qu'à l'intérieur. Dans la fosse, l'orchestre, en effectif réduit, était fort bien dirigé par le jeune chef Gaspard Brécourt; attentif à ce qui se passe sur le plateau, Brécourt maitrise parfaitement ses musiciens et ne couvre jamais les chanteurs. Ayant retenu les leçons de l'édition 2013 au cours de laquelle une partie des musiciens avaient failli se retrouver engloutis par des rideaux, les responsables avaient pris soin de mettre une séparation nette entre lesdits rideaux et l'orchestre. Souhaitons une belle carrière à ce jeune chef prometteur.

 

C'est une belle production de Lucia di Lammermoor que nous présente Olivier Desbordes; production qui aurait pu être superbe si la costumière avait pris autant soin des femmes que des hommes en donnant aux premières des costumes dignes de ce nom. Fort heureusement le plateau vocal et l'orchestre défendent la partition avec panache, voire excellemment à l'image de la Lucia de Burcu Uyar

 

Saint Céré. Halle des sports, le 8 août 2014. Gaetano Donizetti (1797-1848) : Lucia di Lammermoor opéra en trois actes sur un livret de Salvatore Cammarano d'après l'oeuvre éponyme de Walter Scott. Burcu Uyar, Lucia; Gabriele Nani, Enrico; Svetislav Stojanovic, Edgardo; Christophe Lacassagne, Raimondo; Éric Vignau, Arturo; Laurent Galabru, Normano; Hermine Huguenel, Alisa; Orchestre et choeur Opéra Éclaté, Gaspard Brécourt, direction. Olivier Desbordes, mise en scène; Ruth Gross, décors et costumes; Patrice Gouron, lumières.


02 Jan 2015
calbo · 339 vues · 0 commentaires

1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9  Page suivante